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Catherine larré donne à voir de grandes photographies dépositaires d’images belles et silencieuses, fragiles et délicates de paysages ou de portraits. Il est difficile de fixer d’ailleurs une limite, une frontière entre paysages et portrait : l’œil s’y égare. Ce périple visuel donne à ces photographies leur valeur d’évocation. La description d’un lieu, d’un état de perception n’est pas l’enjeu du déclenchement photographique de Catherine Larré : alors le naturel peut sembler se lover dans le surnaturel, provocant de ses inquiétantes étrangetés qui ne sauraient nous permettre de dire si ces photographies sont la résultante d’un regard éveillé ou déjà des perceptions empesées de sommeil. Cet état de conscience ou d’inconscience est une belle image donnée du potentiel photographique donné par Catherine Larré. Elle positionne au cœur même de sa pratique artistique - la photographie - la spécificité de cette “caméra obscura” capable de saisir imparabl ement, sans faillir, ce que l’œil n’a pas su parfois voir. Cette capacité de l’œil photographique est impressionnante : et la pellicule est le support même de ces impressions... Brûlée par la lumière, celle-ci nous renvoie à nos premiers regards (ceux de chaque nouveau jour, mais aussi ceux nichés au fond de nos mémoires d’enfance, ceux de nos premières découvertes : découvertes du monde, de ses reflets, de nos prétentions au beau, etc.).

L’impression est spontanéité. Joyce parlait de dimension “épiphanique” de la réalité. Il faudrait renvoyer aussi du côté de Proust pour retrouver cet état primordial de perception. Pourtant rien n’est dû au hasard : la recherche de l’instant provocateur de ses “impressions” (pour Joyce la couleur de la mer, chez Proust le son d’un sabot de cheval sur un pavé, l’odeur d’un gâteau ; etc...) enchaîne immédiatement le guetteur de ses instants à la constitution d’une perception du

 

monde à travers un temps alors “retrouvé”. L’écriture permettant cette construction au sens d’une composition picturale. Catherine Larré fait acte de composition : elle construit pas à pas et souvent très longuement, dans le confinement de son atelier, une scénographie de perception, une “économie de production” basée sur la recherche des conditions d’”épiphanie” d’un réel artificiel. L’image photographique est alors le résultat de cette quête : l’instantané provoque, défié. C’est une forme de trompe-l’œil, confirmant par là ses liens à la peinture et à son aptitude à la représentation. Au moment du regard, au cœur de l’œil, se joue l’accommodation, ce travail du cristallin qui modifie la courbure de ses formes pour affiner notre perception et notre vision. Une certaine lenteur de cette accommodation et nous voilà privé de toute acuité.

Les “paysages de Catherine Larré nous invite au cheminement, à un parcours d’accommodation aux confins duquel le temps semble s’arrêter pour que l’on puisse mieux encore le retrouver.


Eric Degoutte

 
 
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